Mon voyage au Canada

par

Pierre Le Ny

 

Comme les oiseaux migrateurs qui reviennent toujours à leur point de départ, pour retrouver leur nid (ex. les cigognes), me voici donc de retour à mon nid de Bretagne. Et pourtant, je serais bien resté plus longtemps, avec les canadiens et les canadiennes, plutôt que de suivre le groupe Tour Operator, comme un mouton de Panurge.

Je pense spécialement à chacun et à chacune que j’ai eu la chance et le grand plaisir de voir de près et même de toucher, en faisant réellement la bise :

1°  Delphine et Gilberte à Ottawa : indescriptibles moments de joie, une heure seulement, passée comme un éclair !

2°  Robert et Marie, 4 heures ensemble, dont 2 heures à Iberville passées ensemble, comme une flèche … il aurait fallu au moins deux jours.

3° Claude Bernier, la veille du retour, quelques quatre heures ensemble à Québec, comme un mirage … inoubliable.

Entre notre arrivée à Toronto et notre départ à Mirabel (Montréal), nous avions fait plus de 3000 km. Dans l’autobus, avant d’arriver à l’aéroport, il y avait eu un concours de pronostics : c’est à qui donnerait le nombre de kilomètres parcourus le plus juste ? Comme c’était moi qui avait donné la réponse la plus proche de la réalité, j’avais eu droit au premier prix : « un fétiche indien » que l’on accroche à la boutonnière. Ce fétiche est composé d’un anneau et de deux lamelles de cuir, avec un plume à l’extrémité de chacune.

L’anneau central est équipé de fils entrecroisés avec une petite pierre au centre. C’est une indienne authentique, s’exprimant en français parfait qui nous avait donné la signification. Il s’agit de quelque chose de très important pour les indiens. Grâce à ce fétiche, les rêves de celui qui le porte sont filtrés au passage dans l’anneau. Seuls les bons rêves peuvent y passer, suivre la cordelette, puis les plumes pour se réaliser. Les mauvais rêves sont arrêtés et détruits par la pierre. Enfin, c’est ce que j’ai cru comprendre.

Cette indienne nous avait aussi fait savoir quelques unes de leurs coutumes les plus importantes. Dans leurs tribus, les femmes indiennes ont une plus grande autorité que les hommes. En fait, les conditions de vie de tous les jours sont sous la responsabilité des femmes. Le rôle des hommes consiste principalement à assurer le ravitaillement en gibier. : aller tous les jours à la chasse. Dans chaque tribu, il y a un Chef Spirituel : c’est le vieux qui a atteint le plus haut degré dans la Sagesse. Mais il y a aussi un Chef « temporel », choisi d’abord, et ensuite désigné, suite à une décision de l’ensemble des femmes. Cependant, si après quelques mois, celui-ci ne conduit pas bien les « affaires », il peut être révoqué et carrément remplacé, toujours après une décision de l’ensemble des femmes.

Pour ce qui concerne le choix d’un mari, quand une jeune fille arrive en âge d’en avoir un, c’est elle qui procède à la sélection du jeune homme célibataire, (les indiens sont monogames), le plus beau et surtout avec de bonnes aptitudes pour la chasse, et d’autres aptitudes pour combler ses rêves.

Le jeune homme, une fois choisi n’a plus qu’à, sans pouvoir poser aucune question, non seulement venir rejoindre sa future femme le jour demandé, mais encore il doit venir avec des cadeaux de circonstance. Mais le mariage ne devient réellement officiel qu’à l’arrivée du premier enfant. Dans certains cas rares, si la jeune femme indienne ne trouve pas son partenaire à la hauteur de ses espoirs, même après plusieurs mois de vie commune, elle peut le renvoyer chez sa mère. Mais dans ce cas, elle peut quand même garder les cadeaux.

Alors voici ma question : amies lectrices « aînés ca », auriez-vous aimé être une indienne dans ces conditions de vie en société ? et participer pleinement à la direction d’une tribu ? Et vous les hommes ? auriez-vous aimé être chargés de la chasse et d’assurer le rôle de mari docile dans les conditions précitées ? Penser aux dangers de la chasse, les loups, les ours ! et pour certains, être choisis uniquement par les femmes, par exemple pour devenir un Chef Indien?

Mais je pense que tous et toutes, vous attendez de moi autre chose. Comment j’ai trouvé le Canada et spécialement le Québec. Alors je vais vous répondre comme je l’avais fait maintes fois lors de ce séjour rapide au Canada : ex. à la question « Dites-nous comment vous avez trouvé notre pays ? » Au lieu de dire « grandiose », sans aucune hésitation, à chaque fois je répondais que ce qui m’avait le plus intéressé, c’était la rencontre avec de vrais de Canadiens et de Canadiennes du Québec. Les voir et surtout les entendre parler en vrai français très correct, avec leur accent particulier, au sujet de leurs sentiments, leur histoire, la manière de vivre avec le climat du Québec. Dans les villes, souvent nous avions un guide local : et c’était un régal que de les écouter parler et de voir leur joie exprimée souvent par des paroles d’une extrême simplicité, au sujet de la vie au Canada. Une seule observation cependant, personnellement, d’une manière générale, j’aurais aimé que notre guide nous informe plus sur la population, l’histoire, la vie, plutôt que d’essayer de nous épater avec les monuments et les choses matérielles … le premier pays au monde pour ceci, le deuxième pour cela … l’énergie hydroélectrique, l’aluminium, le bois d’œuvre, le sirop d’érable etc.

 

 

 

 

À Québec, alors que nous étions devant le Parlement, genre château du 18ème siècle, la jeune guide n’avait pas pu s’empêcher de nous faire part de l’indignation des habitants au sujet du gros bâtiment d’une dizaine d’étages décalés et couleur sombre surnommé « le gros radiateur », construit récemment tout près et comme pour narguer : elle nous avait dit qu’en voyant ça lors de la construction, à Québec au début on « chialait », à cause de cette discordance manifeste, mais que finalement, comme c’était irrémédiable et définitif, on avait finalement pensé qu’il valait mieux en »rire » … ! c’est plus facile de rire que de pleurer … !

 


Ensuite, d’après notre programme, nous devions nous arrêter au Lac-Au-sables, entre Montréal et le Lac St Jean. Et puis finalement ce fut au Lac-à-la tortue, près de Grand’mère. Là, nous avions été reçus dans des familles. La plupart des maisons étaient en bois. Monique et moi, plus nos deux amis étions invités dans l’une d’elles : une jeune femme avec trois enfants. Nos chambres étaient du genre rustique. L’accueil très chaleureux. Nous avions tout de suite pensé à la chanson «ma cabane au Canada ». La jeune mère était « une de la ville » (de Québec) venue épouser un forestier par amour, mais aussi parce qu’elle aimait vivre au plus près de la Nature. Elle nous avait même confié que pour rien au monde elle ne voudrait vivre ailleurs ! Tout en reconnaissant que si un jour elle avait les moyens, elle aimerait faire un voyage pour visiter la France. Elle s’appelait Johanne.

Le soir, une fête avait été organisée, avec des danses, etc.  Nous étions quelques 80 touristes français, dont la moitié de femmes bien sûr et à peu près autant de québécois et de québécoises. J’avais moi-même beaucoup dansé ce soir là avec de femmes choisies au hasard, ne sachant pas du tout si elles étaient Canadiennes ou Françaises. Et pour cause, elles étaient toutes exactement les mêmes, aussi bien que par leur habillement, par la peau, le sourire, le parler, et la joie de danser avec moi. Tous et toutes paraissaient enchantés (ées) de pouvoir danser avec nous toute la soirée, les cousins de France. Deux d’entre eux avaient demandé si parmi nous il y avait des internautes. Et par deux fois, j’avais donc donné mon adresse électronique.

Evidemment, pour cette fois il ne s’agit que de quelques anecdotes sur le Canada : un bref aperçu. J’aurai l’occasion ultérieurement de donner d’autres souvenirs qui sont encore actuellement un peu éparpillés dans ma mémoire : je n’avais pris aucune note, seulement un peu d’images avec ma caméra. Etant donné l’effort déployé par de nombreux lecteurs pour venir à ma rencontre, maintenant je devrais aussi faire mon possible pour recevoir par exemple ceux et celles qui viendraient visiter la France et particulièrement la Bretagne : bien du plaisir encore donc en perspective.

Beaucoup plus qu’avant, je sais maintenant que le Canada et principalement le Québec est un pays frère de la France. Je m’y sentais comme dans ma Patrie. L’inconvénient, c’est que j’ai l’impression d’y avoir laissé une partie de mon cœur ! Oui, je peux dire que j’avais beaucoup aimé ce voyage au Canada en Juin 1998. Avant de terminer, il faut que je remercie vivement Elisabeth qui avait suivi de près toutes les informations ayant contribué à la réussite des rencontres à l’occasion de ce voyage éclair au Canada. Un grand Merci donc à vous Elisabeth, pour votre dévouement et votre persévérance d’avoir bien su veiller au grain, quand il le fallait. Même si par moments le moulin va très vite ! comme dans la chanson : « Meunier ! tu dors ! »


En arrivant chez moi hier soir effectivement, je me suis précipité sur mon Mac pour voir mon courrier électronique : 68 messages m’attendaient ! et certains avec beaucoup d’éloges à mon encontre. Après cela, noblesse oblige, maintenant il faudra que je me hisse au niveau supérieur, que vous m’avez attribué avec un peu d’exagération. Car en fait, je ne suis que l’un des fils d’un pauvre paysan de Bretagne, un simple citoyen ordinaire, seulement peut-être un peu plus penseur et même peut-être un peu plus « rêveur » que la moyenne, parmi tant d’autres « têtus » comme les Bretons.

Kénavo = au revoir en breton

Pierre

Courriel ou mail: pierre.leny@9online.fr

Site web: http://www.outilssolaires.com/visites/leny.htm