Le Mexique précolombien

par

Gervais D'Astous

 

Pour les amoureux de l’histoire, ce troisième périple mexicain, est de loin le plus intéressant. Dès la traversée du Rio Grande, nous nous dirigeons vers Tampico, sur le Golfe du Mexique. Si nous franchissons la frontière tôt le matin, nous y serons avant la nuit. Nous traversons certains des plus beaux territoires agricoles du pays. Les touristes, eux, ne font que passer, car la région offre peu d’intérêt. Il y a bien quelques villages de pêcheurs tels que La Pesca ou Barra El Tordo qui aimeraient devenir de petites stations balnéaires, mais c’est encore au stade du rêve. Tampico, essentiellement une ville pétrolière, est le plus grand port mexicain. Contrairement aux deux voyages précédents, les montagnes, nous les verrons que de loin, la plupart du temps.

 

 

 

En route vers Poza Rica, la petite ville de Tuxpan est la plus plaisante pour faire une halte. C’est Tuxpan qui accueillit le révolutionnaire Fidel Castro, et c’est d’ici qu’il partit en 1956 avec ses 82 compagnons pour réaliser sa révolution. Le Museo Historico de la Amistad Mexico-Cuba vous renseignera sur la petite histoire de la révolution cubaine. Ville agréable à marcher, certains se laissent aussi séduire par ses plages durant plusieurs jours. À quelques kms au sud de Poza Rica, la montagne abrite les importantes ruines totonaques d’El Tajin. Centre religieux important autour des années 600 à 900, ce site archéologique est reconnu pour ses rangées de niches sur les côtés de ses bâtiments, ses nombreux jeux de balles et surtout pour ses sculptures montrant des sacrifices humains.

 

 

Depuis la nuit des temps, les Indiens totonaques pratiquent le rite des voladores (hommes volants). Quatre hommes se jettent du haut d’une tour de 20mts de hauteur, attachés à un câble, alors qu’un cinquième resté au sommet, bat le tambour. Si vous manquez le spectacle, ne vous inquiétez pas, vous pourrez le voir ailleurs.

 

En route vers Xalapa, notre prochaine destination, nous faisons un arrêt à Zempoala, importante cité totonaque au moment où Cortez mit les pieds sur le sol mexicain pour la première fois. À cette époque, cette ville forteresse possédait un réseau d’aqueduc et d’égouts souterrains. C’est avec le chef (cacique) de cette ville, que Cortez fit alliance pour conquérir Tenochtitlan (Mexico). Xalapa, capitale de l’état de Veracruz fait partie des plus belles villes coloniales mexicaine. Centre universitaire, il ne faut pas manquer le Museo de Antropologia. Vous y verrez la plus forte concentration d’artéfacts appartenant aux Olmèques, la plus vieille civilisation mexicaine. Il est de plus en plus admis que ce peuple migra de l’Afrique vers l’Amérique Centrale, pour remonter ensuite vers le nord, jusqu’aux environs de Veracruz. Vers les années 1200 à 1000 av. J.C; San Lorenzo était leur plus grand centre religieux.



Veracruz, déclarée officiellement ville héroïque, fut longtemps l’unique porte d’entrée du Mexique et le seul port autorisé à faire commerce avec l’Espagne. Les marchandises provenant des Philippines, autre colonie hispanique, étaient déchargées à Acapulco, transportées à dos de mulet jusqu’à Veracruz, et rechargées sur les voiliers à destination de l’Espagne. De nos jours, elle est encore très appréciée des Mexicains qui la prennent d’assaut les fins de semaines, à la période des fêtes et à Pâques. Son carnaval est le troisième plus important après celui de Rio et de la Nouvelle-Orléans. Outre son zocalo souvent envahi par les visiteurs, le fort San Juan de Ulua est le site historique le plus important. C’est un bel endroit pour s’immerger dans la culture mexicaine.

La petite ville Catemaco, sur notre route, est aussi un endroit où on peut perdre un peu de temps. À tous les ans, le premier vendredi de mars, s’y tient la réunion annuelle des guérisseurs-sorciers. Avis aux intéressés. À une centaine de kilomètres au nord de Villahermosa, nous passons par La Venta, cité olmèque construite vers les années 1500 av. J.-C. Menacé par les compagnies pétrolières, le site archéologique fût déménagé au Parque Museo La Venta, près de Villahermosa. Installé en pleine nature tropicale, nous visitons ce musée comme si on marchait dans les allées d’un parc. À ne pas manquer. Une petite visite au Centre d’Investigation sur les Cultures olmèque et maya complètera notre connaissance sur ces cultures méconnues. À partir d’ici, des ruines mayas, il y en partout.

 

Palenque figure parmi les sites archéologiques les plus intéressants du Mexique. Fondée il y a plus de 1500 ans, cette cité maya fût très prospère entre les années 600 et 800. Sa culture et son architecture influencèrent toutes les autres cités. Des guides multilingues sont disponibles, et il est important de louer les services de l’un d’entre eux, tant il y a à apprendre sur l’histoire de ces ruines et sur les façons de faire des Mayas. Par exemple, il vous expliquera pourquoi du mortier vieux de 1500 ans est encore en bonne condition, alors que de nos jours nous avons de la difficulté à faire un mortier qui tiendra quelques décennies.

Une excursion d’une journée nous amène à Agua Azul, un endroit de rêves pour pique-niquer. Dans la jungle, des tonnes d’eau blanche tombent en cascades dans des fosses turquoises. On ne se lasse pas de regarder l’impressionnant spectacle. Sur le chemin du retour, nous faisons un arrêt pour admirer la cascade de Misol-Ha. Haute de 35 mètres, on a l’impression que l’eau, à son sommet, sort virtuellement de terre.
 

Une petite escapade vers San Cristobal de Las Casas est une autre excursion super intéressante. Fondée vers 1528, c’est la plus coloniale des villes du sud-est, et probablement aussi la plus traditionnelle. Le marché installé autour de la cathédrale est l’endroit idéal pour regarder vivre ces descendants des mayas, souvent habillés de leurs magnifiques costumes traditionnels. Certains baragouinent même le «québécois». Un détour dans les petits villages des environs tel que Zinacantan, Chamula et autres, autour de San Cristobal, nous permet de voir leur milieu de vie ancestral et certaines de leurs coutumes. Malheureusement, il est interdit de prendre des photos. Maintenant que la route est belle, pourquoi ne pas retourner à Palenque via les Lagos de Montebello et Bonampak. La région est superbe et les ruines de Bonampak exhibent les fresques murales les plus spectaculaires peut-être, de tout le pays.
 

Sur la route qui nous mène à Chetumal, sur la Mer des Caraïbes, nous croisons plusieurs sites archéologiques de moindre importance. Il y en a tant dans cette région, que nous choisissons de visiter que les plus importants d’entre eux. Chetumal, à la frontière du Belize, est une belle petite ville, moderne, avec de larges avenues bien compassées, comme disait un célèbre découvreur. Elle abrite le Museo Cultura Maya, un incontournable musée consacré à la culture maya. De tous les musées mexicains, celui-ci est notre préféré. D’ici, via le Belize, l’importante zone archéologique de Tikal au Guatemala, n’est qu’à une grosse journée de route, ou deux petites.

Nous nous dirigeons vers l’une des destinations les plus populaires auprès des touristes, amateurs de plages et de tout inclus. Les hôtels et condos de la Riviera Maya s’étirent sur plus de 200 kms. De tous ces emplacements, tous plus beaux l’un que l’autre, Playa del Carmen demeure le plus chaleureux, le plus humain, bien qu’il soit le plus vieux de tous. C’est un endroit superbe pour faire le farniente durant quelques jours, sinon quelques semaines. Parmi les attractions touristiques à ne pas manquer, il y a le magnifique parc thématique d’Xcaret. Plus d’une journée est nécessaire pour faire le tour de ce jardin. Si l’on achète son billet d’entrée après quinze heures, on peut visiter le reste de l’après-midi, assister à une partie de balle dans la pure tradition maya, nager dans une rivière souterraine et la nuit venue, admirer le spectacle des hommes volants virevoltant au bout des cordes avec des torches dans les mains. Et le billet reste valide pour toute la journée et la soirée du lendemain.
 

 

 

Nous entamons notre retour par une visite aux ruines de l’ancienne ville forteresse de Tulum, le plus important centre de commerce maritime maya. D’inspiration toltèque, plusieurs édifices sont bien conservés et l’endroit reste spectaculaire. Les murs d’enceinte mesurant en moyennes sept mètres d’épaisseur et de trois à cinq mètres de hauteur, en faisait une cité imprenable. À une heure de route à l’ouest, nous faisons un arrêt pour jeter un œil aux ruines de Coba. Celles-ci, plus vieilles que celles de Tulum, sont d’un style très différent. On pense qu’à son apogée vers l’an 600, cette ville comptait 40 000 habitants. Coba abrite la plus haute pyramide de tout le Yucatan. Un immense réseau de routes pavées l’entourait, dont une faisait au moins cent km.

 

 

Au Yucatan, existe un phénomène rarement vu que l’on appelle les Cenotes. Nous rencontrons souvent ces puits naturels, formés par l’effondrement du sol calcaire, remplis d’eau de pluie, servant de réservoir et souvent seule source d’eau douce. Plusieurs servent aussi à la baignade. Les grottes de Balankanché, sur notre route, font partie de cette catégorie. Les ruines de Chichen Itza, remarquablement bien restaurées, font la joie des touristes qui arrivent de Cancun à plein autobus. Les Mayas ont été les créateurs à bien des égards, d’une des plus grandes civilisations de leur époque.

 

Et à Chichén Itzá, sont les plus importantes ruines mayas de tout le Mexique. Tout y est, Pyramide, Jeu de balle, Temple des Jaguars, Cenote sacré, Observatoire astronomique et tous les styles architecturaux y sont représentés. Aux équinoxes du printemps et d’automne, la pyramide El Castillo nous réserve un spectacle hors de l’ordinaire. La lumière du soleil dessine sur la rampe de l’escalier nord, des triangles de lumière et d’ombre, reproduisant un corps de serpent.

Nous voici à Merida, capitale du Yucatan. C’est une attrayante ville coloniale, propre, calme, pleine de verdure. De vieilles maisons datant du début de la colonie, des parcs bien aménagés, tout respire le calme. C’est une ville où marcher est un plaisir. Merida est un bel endroit pour faire des achats, particulièrement des hamacs. Les ruines de Dzibilchaltun, situées à quelques km, méritent le détour. Centre administratif et religieux important, vieux de plus de 2500 ans, l’architecture y est très différente de tout ce que nous avons vu à ce jour. À l’équinoxe du printemps, on peut voir, au lever du soleil, les rayons de lumière passer par une fenêtre située à l’est du Temple des sept poupées et sortir par la porte avant, produisant l’un de ces phénomènes lumineux bien typiques des architectes de l’époque.

 Il ne faut pas manquer de faire une visite à la réserve ornithologique de Celestun, sur le Golfe du Mexique. Une colonie de plus de cent mille Flamands roses y tient ses quartiers d’hiver. Quand nous nous approchons d’eux par la lagune, tout est rose, l’eau au loin ainsi que l’horizon. Un spectacle incroyable. Et pourquoi ne pas terminer cette magnifique journée en se faisant dorer sur la plage presque vierge en semaine.

 

 

Nous continuons notre route de retour en faisant un arrêt au superbe site archéologique d’Uxmal. Bien que nous y voyons tous les types d’édifices communs aux autres lieux, l’architecture de style puuc y est particulière. Les masques presque monstrueux du dieu de la pluie Chac sont omniprésents.

 

 

 

 

 

 

Du haut de la Pyramide du Magicien, nous pouvons admirer le magnifique Palais du Gouverneur avec ses belles corniches décorées, la Maison des Tortues, le Quadrilatère des Nonnes avec ses 74 salles, la Maison de la Vieille Femme et le Temple de Phallus en font un site unique, incontournable. Si votre soif de connaissances pour la culture précolombienne n’est pas rassasiée, il y a dans la région, plusieurs sites de moindre importance tels que Kabah, Sayil, Labna et plusieurs autres qui pourront vous satisfaire

Ce n’est pas d’hier que la ville de Campeche attire les visiteurs. Durant près de deux siècles, les pirates de tout acabit en firent une de leur destination préférée. Vivant du pétrole et de la pêche aux crevettes, Campeche est une ville florissante. Ses multiples bâtiments coloniaux, ses fortifications datant de la fin des années 1600, son bord de mer facilement accessible lui donnent un charme incomparable. Ses nombreux sites historiques en font une ville agréable à marcher. Nous poursuivons notre route en longeant le Golfe du Mexique. Les paysages sont éblouissants. Isla Aguada est un des beaux endroits pour prendre peu de repos et de profiter d’une splendide plage pendant quelques jours. Et nous continuons via Villahermosa notre route vers le nord et notre retour à la maison.

 

 

 

 

Ces récits donnent un aperçu de ce que nous avons observé au cours de nos périples au Mexique. Nous avons visité les sites historiques et archéologiques les plus importants. Je crois sincèrement que nous pourrions faire et refaire ces mêmes circuits, et toujours découvrir de nouveaux endroits extraordinaires, et mieux comprendre cette riche culture mexicaine.

Buen Viaje

Gervais d’Astous

gervaisdastous@yahoo.ca