Laval, laboratoire de l'adaptation au vieillissement

Le vieillissement de la population, ce n'est pas un vague concept pour générations futures. À Laval, les résidences de luxe pour personnes âgées poussent déjà comme des champignons. Et on estime que, en 2050, il y aura plus de vieux que de jeunes dans le monde. Mais l'adaptation à cette nouvelle donne n'est ni facile, ni même vraiment appliquée à grande échelle...

Photo André Pichette, La Presse

«Je trouve que mon vieillissement est venu bien vite», dit Yvonne Poncin, 90 ans, de Laval. Il y a deux ans, un accident cérébral a forcé Mme Poncin à quitter sa maison. Sortie de l'hôpital de réadaptation, elle est désormais confinée à un fauteuil roulant. «Mon problème, c'est que je manque d'équilibre», dit-elle. Elle emménage alors aux Habitations Saint-Christophe, à Chomedey, une ancienne église tout juste convertie en résidence pour personnes en perte d'autonomie.

Mme Poncin est à l'image de ce qui attend la planète: la population vieillit, et vite.

La proportion des 60 ans et plus va doubler, de 11% à 22%, d'ici 2050. Pour la première fois de l'histoire de l'humanité, il y aura alors plus de personnes âgées que d'enfants de 14 ans et moins.

Le phénomène aura des répercussions partout et exigera des adaptations, en particulier dans les villes. Sous l'impulsion d'une Canadienne, Louise Plouffe, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé l'initiative des Villes amies des aînés. Ce sera d'ailleurs l'un des nombreux thèmes abordés cette semaine à la Conférence internationale sur le vieillissement, au Palais des congrès de Montréal.

L'OMS a mené des consultations dans 33 villes du monde, dont Sherbrooke, au Québec. «L'idée était de vérifier auprès des aînés ce qui est convivial pour eux», dit Mme Plouffe, aujourd'hui à l'Agence de santé publique du Canada.

Après trois ans de travail, l'OMS a publié un guide des enjeux du «bien-vieillir»: transport, logement, soins de santé, aménagement urbain, communications, participation citoyenne et loisirs. En gros, il faut plus de bancs publics et plus de trottoirs, des transports publics efficaces et adaptés, des toilettes publiques, des intersections faciles à traverser, des services de santé efficaces, etc.

Dans une ville comme Laval, par exemple, il ne faut pas chercher bien loin pour voir les problèmes liés au vieillissement énumérés par l'OMS. Les résidences de luxe poussent comme des champignons, mais les aînés moins nantis peinent à se loger. Les demandes de transport adapté explosent. Le système de santé ne suit pas le rythme.


Ces défis attendent bien d'autres communautés. Entre 2001 et 2026, la proportion de Québécois de 65 ans et plus sera passée de 13% à 24%, et de 13% à 23% à Laval, selon l'Institut de la statistique du Québec.

Sur le terrain, avec la multiplication des tours d'habitation pour personnes âgées, on a le sentiment que la réalité a déjà dépassé les statistiques, selon plusieurs intervenants.

D'ailleurs, la Direction de la santé publique de Laval se pose déjà bien des questions. Elle envoie des délégués à la conférence internationale en préparation de son propre colloque sur le vieillissement de la population.

«On a des préoccupations avec les résidences qui se construisent, mais on en est à l'étape de la recherche d'information», dit la porte-parole Stéphanie Daignault.

Un spécialiste en 14 jours

Pour Georgette Mather, de l'Association de défense des droits des retraités, il est clair que le système de santé n'est pas prêt à faire face au vieillissement de la population. «Il y a déjà 4000 personnes âgées à Laval qui n'ont pas de médecin de famille, dit-elle, dont la moitié sont vulnérables, y compris 400 diabétiques et 300 personnes qui se promènent avec des valises à oxygène.»

Pendant ce temps, la demande de transports en commun adaptés explose, selon Éric Fortin, de l'Association lavalloise de transport adapté. «Il y a une hausse énorme dans le nombre de demandes, surtout de personnes de plus de 80 ans.»

Le hic, c'est que les délais pour obtenir le droit au transport peuvent atteindre un an, dit M. Fortin. «Le médecin doit corroborer le handicap et il doit aussi y avoir une consultation avec un ergothérapeute, un physiothérapeute ou un physiatre.»

Côté logement, les résidences de luxe ne manquent pas. Il faut bien répondre à la demande: chaque année d'ici à 2026, il s'ajoutera en moyenne 2000 personnes de 65 ans ou plus dans la population lavalloise.

Pierre Bélanger qui est vice-président de Réseau-Sélection, a construit une luxueuse résidence de 250 appartements près du Carrefour Laval. Son entreprise a pris les grands moyens pour contrer les limites du système de santé, même si ses locataires sont relativement jeunes: 59 ans en moyenne.

«Nos locataires ont accès à un médecin de famille affilié au régime public, dit-il. En plus, on a carrément acheté une clinique médicale dans laquelle pratiquent des spécialistes affiliés à la RAMQ. On a pu réserver des plages horaires, et notre clientèle, en moyenne, peut voir un spécialiste en 14 jours.»

Des communautés de retraités

Pendant ce temps, impossible de réaliser le projet d'une résidence pour personnes âgées à faible revenu de 120 à 150 appartements. Ses promoteurs attendent depuis deux ans. «Les résidences de bas de gamme pour personnes âgées, il n'y en a pas beaucoup, dit Jean-Jacques Bérard, président des Partenaires pour le logement abordable à Laval. J'aurais voulu avoir un terrain près des nouvelles stations de métro. Mais ça a tout l'air que la Ville réserve ces terrains à d'autres clientèles. Actuellement, on nous offre des terrains au nord de la 440, où il n'y a aucun service.»

C'est Jean-Pierre Fortin, organisateur communautaire au CSSS de Laval, qui a mené à bien le projet des Habitations Saint-Christophe, où réside Mme Poncin avec 35 autres aînés en perte d'autonomie. «La paroisse nous a vendu l'église pour la moitié de l'évaluation, dit-il. Elle voulait que le bâtiment conserve une vocation communautaire.» Le projet de 7 millions a permis de transformer l'église et le presbytère, en plus de construire des logements pour handicapés.


Les services comme la cafétéria, le ménage et l'aide à la personne sont donnés par la Coopérative de soutien à domicile de Laval, qui compte 3000 membres et 170 employés. C'est la plus grosse du genre au Québec. Et c'est un modèle qui fait partie d'un phénomène mondial, selon Irene Hoskins, présidente de la Fédération internationale du vieillissement. «La nouvelle tendance, ce sont les communautés de retraités spontanées, qui s'organisent en coopérative pour obtenir des services, comme l'entretien, l'enlèvement de la neige ou les soins infirmiers», dit-elle.

La Ville de Laval n'a pas été en mesure de fournir à La Presse le nombre d'appartements ou de bâtiments destinés aux personnes âgées sur son territoire. Pour ce qui est de la planification, «c'est le marché qui décide», dit la porte-parole Amélie Cliche.

Source : http://www.cyberpresse.ca/article/20080830/CPACTUALITES/808300977/1019/CPACTUALITES

Recherche : Ronald Doucet

Le 8 septembre 2008