UNE PLEINE PARTICIPATION DES AÎNÉS AU DÉVELOPPEMENT DU QUÉBEC

 

Le 17 juin 2005, M. Georges Lalande, président de l'équipe de travail sur « la pleine participation des aînés au développement du Québec » remettait son rapport à Madame Carole Théberge, alors Ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine: « afin de construire un Québec pour tous les âges ».

 

En effet, dans la foulée du Forum des générations, le gouvernement avait donné à la ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, le mandat de constituer une équipe de travail dans le but d’examiner les moyens pour permettre aux aînés de participer pleinement au développement du Québec.

 

Cette équipe de travail, sous la présidence de Georges Lalande, président du Conseil des aînés, s’est rendue dans toutes les régions du Québec, du 26 février au 10 juin 2005, pour consulter les aînés et la population en général.

 

Le rôle social des aînés, qui est une question de dignité et de respect des personnes, est une préoccupation qui se manifeste à l’heure actuelle dans de nombreux pays industrialisés confrontés, comme le Québec et le Canada, au vieillissement de la population et à l’augmentation importante du nombre de personnes âgées.

 

Après un portrait de la situation des aînés, le rapport rappelle les principaux constats de la consultation, lesquels sont suivis des recommandations des membres de l’équipe de travail.

Le sommaire du Rapport

PORTRAIT DE LA SITUATION DES AÎNÉS

La réalité des aînés québécois

On se demande parfois à quel âge on devient vieux. Jusqu’à maintenant, dans un grand nombre

de pays industrialisés, c’est l’âge, soit 65 ans, qui est utilisé comme critère, indépendamment des

nivaux de morbidité et de mortalité. Les statistiques sont d’ailleurs établies sur cette base. Par

contre, on s’intéresse également souvent aux personnes de 50 ans ou plus, qui seront les aînés

de demain.

Profil sociodémographique des aînés

En 2004, la population âgée de 50 ans ou plus représentait près de 2 500 000 personnes, soit

près du tiers de la population du Québec. De ce nombre, quelque 10 % peuvent être considérées

comme fragilisées ou plus vulnérables. Quant au pourcentage des personnes de 65 ans ou plus,

il était de 13,6 % en 2004. On prévoit qu’il passera à 21,3 % en 2021 et à près de 30 % en 2051.

En raison de leur espérance de vie plus élevée, les femmes sont plus nombreuses que les

hommes chez les personnes âgées, représentant 58,2 % des 65 ans ou plus. Elles constituent

même 77,2 % des 90 ans ou plus. Le pourcentage d’aînés varie beaucoup selon les régions; le

Nord-du-Québec est la région la plus jeune, avec 4,8 % de personnes de 65 ans ou plus, alors

que la Mauricie est la plus vieille.

Stéréotypes et attitudes négatives envers les aînés

Les personnes âgées sont l’objet de nombreux stéréotypes, presque tous négatifs. Ainsi, on croit

qu’elles représentent un fardeau économique pour les autres générations, qu’elles sont dépassées

et incapables de s’adapter aux changements, qu’elles sont seules, isolées, malades ou démentes.

Ces stéréotypes nuisent à la participation sociale des aînés, d’une part en réduisant, dans l’idée

des autres, les contributions qu’ils pourraient apporter et, d’autre part, en diminuant la perception

que les aînés ont d’eux-mêmes et de leurs capacités. Ces stéréotypes sont fort éloignés de la

réalité, les personnes âgées constituant plutôt une population très hétérogène.

Milieu de vie des aînés

La majorité des aînés, soit près de 88 %, demeurent dans un milieu de vie naturel, et c’est à cet

endroit qu’ils souhaitent demeurer le plus longtemps possible. Pour cela, ils doivent être en

mesure de trouver à proximité de leur domicile des services tels que lieux de culte, épicerie,

banque, médecin, etc. Ils doivent aussi avoir accès à des services de soutien à domicile, s’ils en

ont besoin. Certains aînés, dans une proportion de près de 8 %, habitent une résidence privée

avec services, alors que près de 4 % résident dans un établissement d’hébergement public ou

dans un établissement dit « ressource intermédiaire », de type familial ou autre.

Santé et bien-être des aînés

De façon générale, on peut s’attendre à une augmentation de la prévalence des problèmes de

santé, en particulier des problèmes de longue durée, en raison du vieillissement de la population.

En 1998, on estimait qu’une personne de 65 ans pouvait espérer vivre 18 années de plus. La moitié

de cette période était susceptible d’être vécue en bonne santé, 3,4 ans avec une incapacité

légère et 5,5 ans avec une incapacité modérée ou grave. Ce sont les femmes, dont l’espérance

de vie est plus longue que celle des hommes, qui risquent de vivre le plus longtemps avec une

incapacité.

Situation économique des aînés

Le revenu des personnes de 65 ans ou plus a augmenté de 28 % entre 1981 et 2000,

comparativement à 20 % pour l’ensemble de la population de 25 ans ou plus. Toutefois, ces

pourcentages ne doivent pas masquer le fait que les personnes de 65 ans ou plus ont un revenu

moyen de 20 000 $, comparativement à 30 000 $ pour l’ensemble de la population. Et malgré un

recul de la pauvreté chez les personnes âgées, il subsiste des îlots importants de pauvreté,

particulièrement chez les femmes âgées vivant seules.

Vieillissement de la main-d’oeuvre

Le marché du travail est l’un des secteurs qui sera particulièrement affecté par le vieillissement

de la population. La discrimination envers les travailleurs âgés de 50 à 64 ans, les mises à la

retraite hâtives, le manque de mécanismes favorisant le transfert des connaissances, les tensions

intergénérationnelles comptent parmi les problèmes actuels et contribuent à éloigner les travailleurs

vieillissants du marché de l’emploi. On s’attend aussi à une pénurie de main-d’oeuvre, du moins

dans certains secteurs.

Quelques indices laissent entrevoir des changements, tel un certain relèvement des taux d’activité

des hommes âgés de 50 à 65 ans que l’on a constaté au cours des trois dernières années.

La scolarité plus élevée des travailleurs et travailleuses de la génération des baby-boomers est

aussi susceptible de contribuer à une présence plus longue sur le marché du travail.

La retraite

L’âge moyen de la retraite a baissé continuellement depuis la Seconde Guerre mondiale. On a

toutefois noté un léger relèvement depuis deux ou trois ans. La rigidité du marché du travail est

souvent mentionnée comme un des facteurs qui précipitent vers une retraite hâtive les travailleurs

vieillissants. Ils sont nombreux à souhaiter des formules de retraite progressive, des possibilités

de travail à temps partiel ou à contrat, dans le but de rendre plus harmonieux le passage du travail

à la retraite.

Apport socioéconomique des aînés

La présente consultation avait pour objet d’amener à reconnaître et à favoriser la participation des

aînés au développement du Québec. Les aînés sont très présents d’abord auprès de leur famille.

Un grand nombre sont également actifs dans diverses associations et organismes, dans des buts

d’entraide envers leurs pairs ou envers d’autres groupes sociaux ou encore dans la défense des

droits. Les aînés consacrent au bénévolat plus d’heures que les autres groupes d’âge, mais ils

sont moins nombreux à le faire.

De grandes craintes circulent à propos du fardeau économique que représentent les aînés. Or, les

études sur les conséquences du vieillissement omettent souvent de considérer l’apport des

aînés. De plus, elles semblent oublier que les aînés consomment, paient des taxes, des impôts,

font des investissements, bref, participent comme les autres citoyens au produit intérieur brut du

Québec.

Les aînés du Nunavik

Les personnes âgées de 60 ans ou plus ne constituent que 3,5 % de la population totale du

Nunavik. Leur espérance de vie est de 66,7 ans, ce qui est largement en deçà de la moyenne

provinciale. Ils vivent le plus souvent dans des familles comprenant cinq personnes ou plus, et ils

ont souvent des personnes à charge. De plus, les paiements de transferts représentent une part

importante des revenus des aînés du Nunavik, revenus qui ne tiennent pas compte du coût de la

vie particulièrement élevé dans cette région.

Les rencontres régionales

Les vingt rencontres régionales ont permis aux aînés d’exprimer leurs préoccupations relativement

à leur participation au développement du Québec. Ils ont rappelé leurs multiples contributions,

fait part des obstacles et formulé des suggestions relativement à leurs besoins. Les préoccupations

exprimées ont parfois semblé déborder le cadre de la consultation, qui concerne la participation

sociale des aînés au développement du Québec. En réalité, les aînés ont mis en avant leurs

conditions de vie, lesquelles constituent des éléments essentiels de leur participation sociale.

 

PRINCIPAUX CONSTATS DE LA CONSULTATION

 

Les aînés participent de multiples façons à la société. D’abord, par leur contribution à la vie

familiale, que ce soit auprès de leurs enfants, de leurs petits-enfants, de proches à titre d’aidants.

Certaines contributions sont davantage de l’ordre de services tels l’aide aux devoirs et aux

leçons, le gardiennage, l’aide financière, les soins de santé, etc. Mais, la participation des aînés

consiste aussi à transmettre des valeurs ou l’histoire familiale, ou encore à aider à conserver la

cohésion au sein de la famille.

 

Les aînés participent en grand nombre à la vie communautaire et culturelle de leur milieu. Ils sont

actifs au sein d’associations d’aînés, de loisirs, d’organismes communautaires, etc. D’autres

s’engagent dans des organismes socioéconomiques, caisses populaires, conseils municipaux,

etc. Enfin, certains aînés se tournent plutôt vers le mentorat, le coaching, le transfert des

connaissances auprès des plus jeunes.

 

Engagés dans les différentes facettes de la vie socioéconomique de leur communauté, les aînés

ont toutefois mentionné les difficultés de la mise en relation des personnes désirant offrir du

temps comme bénévoles ou comme travailleurs et les personnes, entreprises ou organismes qui

pourraient en avoir besoin. De plus, certains estiment que le bénévolat implique des frais

qui souvent ne peuvent être remboursés, faute de financement adéquat, par les organismes

communautaires. Et, particulièrement en région, la participation sociale et communautaire peut

être limitée par l’absence de moyens de transport appropriés.

 

Les aînés ont également été nombreux à mentionner les préjugés et les stéréotypes négatifs à

leur endroit qui empêchent la société de faire appel à eux et de reconnaître leur apport. Ces

préjugés peuvent aussi amener les aînés à se limiter ou à déprécier ce qu’ils peuvent apporter

à la communauté.

 

La rigidité des structures du marché du travail a été souvent citée comme un obstacle à la participation

des aînés. Plusieurs auraient souhaité quitter le marché du travail de façon progressive. D’autres

aimeraient travailler à temps partiel ou à contrat. D’autres enfin aimeraient faire du mentorat dans

une entreprise. Toutes ces formules souples demeurent insuffisamment développées.

 

On reproche à l’État une absence de vision en ce qui concerne le vieillissement de la population

et des aînés. Les programmes changent fréquemment, manquent de cohérence et surtout ne

témoignent pas d’une volonté d’aborder globalement la situation du vieillissement.

 

Enfin, les aînés se sont montrés préoccupés par la situation des plus vulnérables d’entre eux, les

personnes pauvres, victimes d’abus, en grande perte d’autonomie. Ils s’inquiètent aussi du

manque de services pour le soutien à domicile, ainsi que de l’absence de réglementation et de

contrôle des résidences privées, particulièrement dans le cas des résidences de neuf personnes

ou moins.

 

LES 17 RECOMMANDATIONS DU RAPPORT

 

À la suite de ces rencontres, l’équipe de travail a formulé plusieurs recommandations, dont certaines comportent un aspect structurant, susceptibles d’amorcer des changements dans la façon de prendre en compte le vieillissement au Québec.

L’équipe de travail recommande :

1. Qu’une politique gouvernementale sur le vieillissement soit élaborée en vue d’assurer la cohérence des lois et des actions du gouvernement relativement aux aînés et d’établir les balises essentielles à l’harmonisation des liens intergénérationnels;

2. Que, dans le contexte des changements démographiques actuels, cette politique intègre plusieurs éléments qui ressortent de la tournée de consultation, notamment :

3. Que des carrefours d’information régionaux et locaux soient constitués afin de mettre en relation les banques de ressources disponibles chez les aînés avec les personnes, entreprises ou associations susceptibles de les utiliser, et qu’à cet égard les tables de concertation des aînés soient mises à contribution;

4. Qu’une étude sur les considérations éthiques portant sur le vieillissement au Québec soit élaborée dans le contexte des travaux du Conseil des aînés relatifs au Comité provincial d’éthique sur le vieillissement individuel et collectif;

5. Que des outils destinés à étendre le mentorat, le tutorat et le coaching soient mis en place pour faciliter le transfert du savoir, particulièrement sur les plans régional, municipal, collégial et universitaire, ainsi que dans les organismes communautaires;

6. Qu’on donne suite aux recommandations contenues dans l’Avis du Conseil consultatif du travail et de la main d’oeuvre pour favoriser la retraite progressive(1);

7. Que soit instauré un programme d’accréditation obligatoire des résidences privées pour personnes âgées tenant compte du bâtiment, des soins à donner, de la qualité de vie et de la sécurité des personnes, mais aussi de la prévention des incendies, et qu’à cet égard le programme « Rose d’or » existant serve de balise; que soient mises en vigueur des mesures pour la mise sur pied de comités de résidents;

8. Qu’une campagne de sensibilisation et d’information d’envergure nationale soit réalisée afin de promouvoir une image positive et réaliste du vieillissement;

9. Qu’à cette fin, soit notamment réalisée une étude sur la contribution des aînés à l’économie du Québec afin de faire un juste bilan des coûts et des bénéfices qui leur sont attribuables;

10. Que l’on instaure des formes de compensation financière ou que l’on modifie la fiscalité pour tenir compte davantage du soutien aux aidants dans les milieux familial, social, communautaire, bénévole ou de la formation;

11. Que l’on revoie l’organisation des sports et loisirs, particulièrement dans les municipalités, de façon à favoriser véritablement la pratique des sports, du conditionnement et des activités physiques par les aînés;

12. Que les groupements locaux d’aînés soient mis à contribution dans la mise en oeuvre de programmes pour les nouveaux arrivants, tels les Welcome wagons, comités d’accueil ou comités de parrainage;

13. Que les intervenants et professionnels de la santé et des services sociaux reçoivent une formation en gérontologie;

14. Que l’on organise des états généraux, ouverts et médiatisés, sur le vieillissement, réunissant notamment des experts de la démographie et de l’économie, des représentants d’associations représentant les aînés et les autres groupes d’âge, du monde du travail, des milieux de l’éducation et de la santé, des sports et loisirs, des groupes communautaires ainsi que des aînés de différentes cohortes d’âge;

15. Que les prestations gouvernementales versées aux résidents du Nunavik soient majorées pour tenir compte du coût de la vie beaucoup plus élevé dans cette région, et que le gouvernement du Québec entreprenne des démarches à cette fin auprès du gouvernement du Canada, responsable du versement de la PSV et du SRG.

16. Que le gouvernement du Québec, en concertation avec l’Administration régionale Kativik, s’assure que les aînés du Nunavik aient un soutien administratif suffisant pour effectuer les démarches administratives relatives à la retraite et à l’inscription aux programmes de sécurité du revenu.

17. Que la ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine assure la cohérence de l’ensemble des programmes et des mesures instaurés par le gouvernement à la suite de ce rapport.

Sommaire

(1) Ces recommandations sont de : permettre le paiement d’une partie de la rente de retraite et l’accumulation de service aux fins du régime de retraite, simultanément, pendant la période de retraite progressive; permettre plus de souplesse dans le mode de versement de la rente et supprimer l’obligation d’une rente nivelée, particulièrement en cas de retraite progressive; permettre le paiement d’avantages accessoires en cas de retraite progressive, tout comme il est permis de le faire pour la retraite anticipée; allonger la période admissible de salaire réduit pouvant être créditée au régime de retraite.

 

Source :  Conseil des aînés du Québec

Recherche : Ronald Doucet

le 12 septembre 2008